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Clecture, saison 2018 : Françoise Sagan indémodable, indétrônable !

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Françoise Sagan indémodable, indétrônable !

Comme tous les ans la dizaine de lecteurs de Clecture ont élu le livre de l’année en classant les neuf ouvrages proposés.

« Ce classement fut un véritable casse-tête », dit une de nos lectrices. Une autre l’a trouvé « déchirant », une troisième en parle comme d’un « arrache cœur ». Au final, avec des choix très contrastés, c’est Bonjour tristesse de Françoise Sagan — une redécouverte pour beaucoup — qui a supplanté La survivance de Claudie Hunzinger et Le salaire de la peur de Georges Arnaud.

Une lectrice, qui l’avait déjà lu quatre fois, justifie son choix : « Le plaisir de lecture et de relecture ne varie pas avec les années et on y trouve à chaque période de sa vie des intérêts nouveaux. Cette écriture délibérément jeune et culotée avec ce zeste d’élégance dont l’auteur ne s’est jamais départi tout au long de sa carrière me fait placer ce roman culte en tête de cette saison. »

La "proposante" de ce roman en début de saison, avait argumenté ainsi sa proposition de lecture : « Ce roman court, triste et mélancolique est admirablement bien écrit, d’une écriture brève, incandescente, à l’ironie distanciée. Françoise Sagan mobilise des affects intenses et nous incite à nous poser des questions existentielles. En effet, on se reconnait tous un peu à un moment ou un autre de ce récit, ne serait-ce que pour les premiers émois amoureux de sortie d’adolescence. La nature humaine y est disséquée, montrant le meilleur et le pire de ce que nous pouvons être, dans la richesse et la complexité de notre personnalité. Ce livre a suscité chez moi beaucoup d’émotions et je me suis imaginée sous la chaleur écrasante du midi, le farniente sur la plage et dans la fragrance des pins. La tension est oppressante tout au long du récit et menace d’exploser à chaque instant. Malgré la fin tragique, il y a un certain romantisme dans ce récit, ne serait-ce que dans le titre, tiré du très beau poème de Paul Éluard ».

Bonjour tristesse fut sans conteste l’évènement littéraire de l’année 1954. Le père d’une jeune femme de dix-huit ans, Françoise Quoirez qui choisit le nom de plume de Françoise Sagan en l’honneur de Marcel Proust signa le contrat d’édition de sa fille. Le roman que certains jugeront immoral ou scandaleux vaudra la notoriété à Françoise, qualifiée de « charmant petit monstre ». Ce roman est le récit à la première personne d’un été de Cécile, dix-sept ans, qui tout comme Françoise aime le soleil, la plage les bolides et la vie aisée faite de plaisirs et de vacuité. Il y souffle un vent indéniable de liberté.

Malgré son jeune âge, Françoise Sagan fait preuve d’une maturité d’écriture et d’une maitrise parfaite de son sujet. Une de nos lectrices l’expose ainsi : « La construction du roman est extrêmement étudiée. La première partie relate ce qui conduit à la décision de Cécile d’ébranler la relation de Raymond, son père avec Anne, sa maitresse ; la seconde traite du complot et de ses répercussions… »

C’est par une évocation de la tristesse que débute le roman : « Sur ce sentiment inconnu, dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse ». C’est par la formule éponyme qu’il se clôt : « Bonjour tristesse ».

Marie-Christine Vacavant